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LE MONDE | 19.09.08De taille comparable à des villes comme Reims ou Grenoble, le 19e arrondissement de Paris (187 000 habitants) abrite plusieurs quartiers qui présentent les mêmes caractéristiques que des cités de la banlieue parisienne. Au nord de l'arrondissement, à la frontière avec la Seine-Saint- Denis, les cités Curial et Riquet, en particulier, cumulent les difficultés. Un rapport que Le Monde s'est procuré, réalisé en janvier 2008 par des chercheurs du cabinet d'études FORS, fait état d'"une situation socio-économique préoccupante".
L'étude, commandée par la Mairie de Paris et les bailleurs sociaux, montre que cette partie de l'arrondissement se caractérise par une surreprésentation des jeunes dans la population (33 % de moins de 25 ans), des structures familiales fragiles (28 % de familles monoparentales, par exemple) et une tendance à l'"appauvrissement". Signe de l'importance de la population issue de l'immigration, Curial et Riquet abritent une proportion importante de familles nombreuses avec près de 27 % de ménages de plus de trois enfants.
Les indicateurs scolaires sont au rouge du fait d'un "taux d'échec élevé". Les responsables de deux collèges publics de la zone, interrogés par les sociologues, se disent préoccupés par l'absentéisme, le "faible niveau scolaire" des élèves, des problèmes de discipline et la présence d'"élèves sans repères". Cette situation se traduit par un taux élevé de jeunes sans qualifications. Lesquels éprouvent les plus grandes difficultés pour entrer sur le marché de l'emploi.
Au-delà des statistiques, les sociologues soulignent qu'une partie des jeunes, en rupture, présentent un mode de socialisation similaire à celui des quartiers populaires de banlieue. Une "culture de rue" bâtie sur "le défi, la réputation et le territoire". Ils décrivent une "atmosphère de rivalité" permanente, où il faut observer un certain nombre de règles pour acquérir le respect de ses camarades.
"ECRASER L'AUTRE"
Cette "culture de rue" se transmet via les groupes de copains. Des "équipes" ou des "bandes" qui rassemblent généralement une dizaine de personnes. "La logique de l'honneur s'apparente à une sorte de "code" qui structure les actions des jeunes", précise l'étude. "Il existe une règle tacite selon laquelle il ne faut se soumettre à personne, ce qui doit se traduire par une capacité à toujours relever les défis lancés par les adversaires potentiels ou être prêts à se "jeter dans la bagarre" lorsque c'est nécessaire." Les auteurs relèvent que ce "besoin de rivaliser avec autrui" s'exprime "aussi bien avec le quartier adverse que dans son propre quartier" : "Au collège, il n'est pas rare d'assister à des rixes entre deux jeunes appartenant au même quartier."
Huit mois avant les incidents récents, les sociologues pointaient une évolution : "Il ne s'agit plus de défier l'autre mais de l'écraser." D'où le recours à des armes et des rixes complètement déséquilibrées entre des groupes et des individus isolés. Ils s'alarmaient de l'apparition d'une génération "non encadrée", échappant au contrôle des "grands frères" et des institutions. Cette frange de jeunes, gros consommateurs d'alcool et de cannabis, resterait très marginale mais vivrait "dans l'absence de toute norme sociale".
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