Dimanche 18 octobre 2009
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Par antonio - Publié dans : Antonio Duarte
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Vendredi 19 juin 2009
TRIBUNE LIBRE
LIBERATION 17/06/09


Par NICOLAS FRANCK professeur de philosophie, président de l’Association des professeurs de philosophie de l’enseignement public de Paris-Créteil-Versailles .

Dans le tumulte que suscitent les réformes de l’Université et de la formation des maîtres, un projet s’avance masqué. Il chemine, silencieusement mais sûrement, vers son objectif : en finir avec un enseignement élémentaire et généraliste de la philosophie. Celui-ci a pourtant pour mission de permettre aux lycéens de mieux former leur jugement et de développer leur esprit critique, de favoriser leur émancipation intellectuelle. Il contribue ainsi à former un citoyen éclairé et actif, qui ne se définit pas par son adhésion aux valeurs dominantes mais par sa capacité à examiner et à décider des lois de la Cité.

Les signes annonciateurs de ce bouleversement programmé sont passés inaperçus. Le premier d’entre eux a pris la forme d’un rapport de l’inspection générale de l’Education prétendant dresser un «Etat de l’enseignement de la philosophie en 2007-2008» (1). Ce rapport ne repose sur aucune enquête ni consultation mais s’attache aux représentations que les professeurs se feraient de leur métier. Il ignore les conditions réelles de son exercice, reprend les clichés les plus convenus sur un ton qui vise trop souvent à ridiculiser le travail des professeurs et de leurs élèves. Il conclut que «l’enseignement philosophique français n’a jamais été d’aussi bonne qualité», mais qu’il faut changer la «manière d’enseigner». Comprenne qui pourra ! Au nom de ce changement nécessaire, les professeurs sont sommés de ne pas rester «en marge des valeurs du monde moderne». Quelles sont ces valeurs ? Le rapport n’en dit rien. Que valent-elles ? Silence. La tâche de la philosophie n’est pourtant pas de demander aux élèves de reproduire les idoles de leur société. Tout au contraire, dans un monde complexe et incertain, elle doit leur offrir les moyens de se tenir à distance de leurs propres valeurs et de les examiner. Mais les hautes sphères du ministère de l’Education ont d’autres projets, comme le laisse entrevoir un colloque organisé en mars par le doyen de l’inspection générale de philosophie.

Ouvert par un représentant du ministre, le colloque «Faire de la philosophie, enseigner la philosophie», prétendait rassembler la profession. Il a péniblement réuni 280 des 500 professeurs convoqués, et a creusé la division entre l’enseignement secondaire et le supérieur. Son objet officiel, la formation continue, question en effet cruciale, n’a pas été abordé et les participants ont découvert que son vrai but était de donner pour modèle le discours de quelques universitaires tenants de la bonne parole sur les valeurs du monde moderne. Ce colloque a ainsi entériné la scission entre faire de la philosophie (mission des universitaires) et enseigner la philosophie (tâche des professeurs de lycée). Ce partage des rôles laisse perplexe : l’ambition d’un professeur de terminale n’est-elle pas de faire de la philosophie avec ses élèves ? S’interroger sur la nature du désir ou de la culture, se demander si l’art change notre perception du monde ou si l’on a le droit de désobéir aux lois, c’est, même à un niveau élémentaire, même pour un élève, déjà faire de la philosophie, c’est-à-dire prendre la responsabilité de construire sa propre pensée. C’est la substance même de l’enseignement de la philosophie qui est ainsi en cause.

Cette mise au pas planifié d’un enseignement critique et réfléchi est cohérente avec le projet retardé mais maintenu d’une réforme des concours de recrutement, dont l’un des objectifs est d’accroître le nombre des vacataires. C’est le profil d’un professeur nouveau qui se dessine alors : vacataire, donc précaire, il est plus que jamais soumis aux injonctions du rectorat et des chefs d’établissement ; moins bien formé, changeant d’établissement chaque année, ou à cheval sur plusieurs, avec un service émietté, toujours pris par le temps, il sera réduit au rôle de répétiteur d’un savoir préfabriqué par des universitaires bien en cour. La diminution programmée d’heures d’enseignement sera alors facile à imposer.

Croit-on que les élèves y trouveront leur compte ? Tout au contraire. Ils ont besoin, pour progresser, d’une parole vivante, d’un professeur capable de répondre aux questions les plus inattendues, donc pleinement maître de son propos et auteur de son cours. Les professeurs sont fragilisés par ceux-là mêmes qui devraient les soutenir. Les élèves sont méprisés.

Les enjeux de l’enseignement de la philosophie en lycée valent mieux que des approximations, du ressentiment ou de simples calculs comptables. Cent vingt universitaires et professeurs de lycée, venus de toute la France ont choisi, samedi dernier à la Sorbonne, de faire entendre une autre voix. Cette réunion, organisée sans moyen ni relais institutionnel, a réaffirmé le lien substantiel entre enseigner la philosophie et faire de la philosophie, et la nécessité de renforcer la solidarité entre le lycée et l’université. Un mouvement est lancé. Il est porté par la conviction que le questionnement philosophique, la liberté d’examen et la rigueur critique sont au cœur des valeurs du monde moderne. Il ne s’arrêtera pas.

 

(1) En version électronique : http://appep-idf.net


Par antonio - Publié dans : Philosophie
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Lundi 15 juin 2009
TRIBUNE LIBRE
LIBERATION
15/06/2009

Par KOFI A. ANNAN membre de l’Africa Progress Panel (www.africaprogresspanel.com), MICHEL CAMDESSUS membre de l’Africa Progress Panel (www.africaprogresspanel.com), GRAÇA MACHEL membre de l’Africa Progress Panel (www.africaprogresspanel.com)



Le potentiel de l’Afrique est souvent négligé. Pourtant, le continent abonde en richesses humaines et naturelles inexploitées. Les Nations unies estiment, par exemple, qu’il y a plus de 800 millions d’hectares de terres cultivables inutilisées qui attendent leur révolution verte. Elle devrait être le lieu de la réponse attendue aux pénuries alimentaires en Afrique et ailleurs.

Les progrès remarquables de l’Afrique au cours de la dernière décennie sont encore insuffisamment reconnus eux aussi. Il existe pourtant à travers le continent de nombreuses success stories. Le nombre des élections libres et incontestables s’accroît comme celui des inscriptions dans les écoles et des progrès dans la lutte contre le paludisme. L’explosion de la téléphonie mobile transforme les communications et facilite la vie des affaires.

Le drame est qu’au moment où des millions d’Africains voyaient enfin leur pays et leur continent sur la bonne voie, leurs espoirs sont remis en cause par des problèmes nés ailleurs. La crise mondiale et le changement climatique proviennent des pays avancés mais c’est l’Afrique qui est la plus touchée et la moins capable d’y faire face. Les conséquences sociales et politiques en sont profondes.

Nous venons de publier au Cap, le rapport 2008 sur la situation de l’Afrique de l'Africa Progress Panel (APP) dont nous sommes membres. Tout en reconnaissant que les origines de la crise du développement proviennent d’ailleurs, nous pensons qu’il appartient aux dirigeants africains d’apporter la réponse principale à ces défis.

Cela ne signifie pas que le reste du monde puisse se dérober à ses responsabilités. Les partenaires de l’Afrique ont un rôle crucial à jouer dans le soutien des progrès du continent ; ils doivent prendre leur part des responsabilités face aux problèmes importés. C’est leur intérêt de le faire : les tensions sociales et l’instabilité politique en Afrique ont, en effet, des coûts et des conséquences de portée mondiale.

A un moment où l’on constate une diminution des flux financiers vers l’Afrique, les pays du G8 et les autres pays donateurs ont une responsabilité accrue pour la tenue de leurs promesses d’aide financière. Ils doivent veiller à ce que les accords mondiaux, que ce soit sur le commerce, le changement climatique, la propriété intellectuelle, les drogues illicites, la criminalité ou la migration, tiennent compte aussi des besoins de développement de l’Afrique. Si elles sont utilisées à bon escient, les aides publiques peuvent exercer un effet de levier pour d’autres flux financiers, renforcer les capacités et répondre aux besoins sociaux et humanitaires les plus urgents. Elles ne peuvent toutefois y parvenir sans un leadership audacieux, ciblé et soutenu des gouvernements africains. L’assistance extérieure ne protégera pas la population du continent et ne sauvegardera pas, sans eux, les progrès déjà réalisés.

Les grands problèmes peuvent être l’occasion de grands changements. Les dirigeants africains, qui ont déjà montré ce qui peut être réalisé peuvent y parvenir en redoublant leurs efforts pour guider leur continent à travers ces défis.

Ils ont besoin pour cela de la participation active de leurs concitoyens. Tenir les gouvernants comme responsables de leurs actes est une pratique et une tradition qui a des racines très profondes dans la culture africaine. Dans de nombreuses régions du continent, malheureusement ces traditions se perdent. Trop de cas de corruption, d’inégalité croissante des richesses et des chances, trop d’abus de pouvoir y contribuent. Revenir à un régime de responsabilisation des exécutifs est donc d’une importance capitale.

Un leadership résolu et responsable au niveau national doit s’accompagner aussi d’une prise de position forte et commune sur la scène internationale. Une position africaine défendue avec vigueur sur le changement climatique est nécessaire pour le sommet de Copenhague. Nous avons déjà éprouvé l’efficacité d’une telle unité. La réunion des dirigeants africains à Londres, en préparation du sommet du G20, a permis de ne pas laisser oublier les besoins des pays en voie de développement. Elle a joué un rôle majeur pour obtenir des promesses de financement du G20, y compris les 100 milliards de dollars pour le financement des prêts des banques de développement international aux pays les plus pauvres. Un leadership africain lucide, soutenu par un partenariat international efficace, peut transformer les problèmes actuels en chances pour l’Afrique. L’APP est convaincu que l’Afrique peut prendre l’initiative d’un nouveau modèle de développement à faible émission de CO2. Tout comme l’essor de la téléphonie mobile a mis fin au problème des communications, le continent peut utiliser ses vastes ressources solaires, hydrauliques, éoliennes, thermiques et de biomasse pour le progrès de son secteur d’énergie renouvelable, sans avoir à passer par le système maintenant dépassé fondé sur les combustibles fossiles.

Les opportunités d’investissement dans les infrastructures, l’agriculture et les communications de l’Afrique sont immenses. Et il en va de même des bénéfices qu’elles pourraient engendrer. Une véritable volonté d’investissement dans ces secteurs non seulement créera des emplois et accroîtra le commerce en Afrique, mais ouvrira également des marchés pour les pays développés en ces temps difficiles. L’Afrique dispose d’un très riche potentiel. Il y a là, au cœur de la crise, une opportunité à saisir. Ayons le courage et la sagesse de relever le défi ; il y va du destin des 900 millions de personnes qui vivent sur le continent et de chances de croissance pour l’économie mondiale qu’il serait fou de négliger.

Par antonio - Publié dans : Monde
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Lundi 15 juin 2009
ANALYSE
LEMONDE.FR | 11.06.09

Le Conseil d'Etat a rendu public, mercredi 11 juin, son rapport annuel intitulé "Droit au logement, droit du logement". La plus haute juridiction de l'ordre administratif interpelle le gouvernement sur les difficultés de mise en œuvre de la loi sur le droit au logement opposable (DALO). Frédéric Tiberghien, conseiller d'Etat et rapporteur de la section du rapport et des études, analyse ci-desssous, point par point, les blocages qui freinent l'application de cette loi adoptée il y a plus de deux ans.

1. Une loi mal connue. "Le droit au logement opposable a commencé à être appliqué en décembre 2008. Comme tout nouveau droit, il est mal connu. Dans les premiers mois, peu de demandes ont été formulées (environ 60 000) alors que nous en attendions 600 000 à 800 000. L'administration s'est montrée réticente à diffuser l'information car elle craignait d'être submergée par les demandes. Il faut douze à quatorze mois en moyenne entre le moment où la personne fait sa demande et le moment où elle est relogée. Les gens sont donc dans une position attentiste."

2. Des conditions d'accès encore floues. "La première difficulté est de recueillir des informations sur les demandeurs (ressources, nombre de membres dans la famille...). La loi DALO prévoit six catégories de personnes à reloger en priorité qu'il faut combiner avec des dispositions qui existent déjà. Par exemple : si une personne vit dans un logement insalubre, c'est au propriétaire de la reloger, mais doit-on faire prévaloir cette disposition ou admettre la personne comme demandeuse prioritaire au titre du DALO ? Un problème similaire se pose pour les expulsions : doit-on être admis quand on reçoit un avis du propriétaire ou seulement une fois l'expulsion prononcée par la justice ? Il y a clairement un manque d'uniformité et de clarté qui gêne les procédures."

3. Des demandes très disparates sur l'ensemble de l'Hexagone. "On a une disparité très importante des demandes entre les zones géographiques. On constate une forte concentration des demandes dans les agglomérations, notamment en région parisienne, alors qu'il y a des logements disponibles ailleurs. A Paris, on estime que  10 000 logements accessibles aux bénéficiaires de la loi DALO se libèrent chaque année, alors qu'il peut y avoir environ 60 000 personnes. Au niveau national, le véritable nombre de logements mobilisables par les préfets serait de 55 000 logements, alors que 600 000 à 800 000 personnes pourraient, selon nos calculs, demander à bénéficier du DALO."

4. Une mauvaise répartition entre les partenaires. "Les communes, les partenaires sociaux, l'Etat, les offices HLM participent au financement des logements sociaux et ont des droits de réservation sur ces derniers. La loi DALO vient percuter ces dispositifs, et il est difficile de dire sur quels logements on va imputer les candidats au DALO. Par ailleurs, les communes ne participent pas à cette répartition. Il faut que tous les réservataires participent via des accords locaux. C'est un système à revoir d'urgence, sans quoi la loi DALO aura plus de difficulté à être mise en œuvre."

5. Un risque de nouveaux contentieux. "Ce qui inquiète aussi dans la mise en œuvre de la loi DALO, c'est le risque de multiplication des contentieux qu'elle comporte. Que se passe-t-il quand un citoyen déclaré prioritaire n'obtient pas de logement ? Selon la loi, l'Etat peut-être condamné à verser une astreinte qui sera destinée à un fonds de construction de logements sociaux. Mais la loi n'exclut pas non plus que la personne lésée engage une procédure pour obtenir réparation personnellement. L'application de la loi va générer un nouveau contentieux qui n'est pas celui prévu à l'origine mais dont on ne mesure pas encore l'effet."

Propos recueillis par Anne-Louise Sautreuil
Par antonio - Publié dans : Logement
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Lundi 15 juin 2009
TRIBUNE LIBRE
LE FIGARO
01/06/2009

Par Manuel Valls

S'il critique le discours de Nicolas Sarkozy sur la sécurité, le député maire d'Évry Manuel Valls met en garde les socialistes contre l'angélisme et leur demande d'examiner sans a priori la proposition de loi de Christian Estrosi sur les bandes.

 

La lutte contre la délinquance a longtemps tourné à la guerre de tranchée entre la gauche et la droite. Campées l'une et l'autre sur leurs certitudes,elles ont livré, durant des lustres, un combat épuisant et stérile opposant prévention et répression. Il est grand temps désormais, pour chacune, d'abandonner ses barbelés et ses sacs de sable pour livrer une guerre de mouvement contreun fléau qui frappe d'abord, ne l'oublions jamais, les ménages modestes des quartiers populaires. L'autorité publique souffre en premier lieu - c'est bien évident - de la faillite de l'idéal républicain. La cristallisationde ghettos urbains où sévissent l'échec scolaire, la ségrégation ethnique et le chômage de masse ont détruit l'égalité des chances et l'espoir d'ascension sociale pour des millions de concitoyens.

Dès lors, il est fatal que l'autorité publique y soit affaiblie en raison de son impuissance à changer l'ordre des choses. Mais cette cause fondamentale ne doit pas masquer les autres motifs d'érosion. L'autorité publique pâtit en effet, tout aussi gravement, des ratés de la chaîne pénale. De nombreux délinquants multiréitérants, interpellés par la police, font trop souvent l'objet d'un simple «rappel à la loi». La multiplication de ce genre de décision mine tous les efforts de prévention déployés sur le terrain par les élus locaux et les acteurs sociaux. Elle contribue à annihiler l'autorité de la loi en développant un sentiment de totale impunité chez les délinquants.

Sans remettre en cause - d'aucune sorte - l'indépendance de la magistrature, il est aujourd'hui nécessaire de s'interroger sur les moyens de restaurer la crainte que la justice doit inspirer aux délinquants. Garantir l'exécution rapide des peines et raccourcir le délai entre la commission du délit et le prononcé de la sanction sont déjà des objectifs largement partagés.

Il semble donc opportun d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion sur la manière d'assurer une meilleure connaissance des juges des réalités du terrain. Favoriser l'affectation de magistrats expérimentés dans les secteurs les plus difficiles et les associer davantage aux efforts des autres acteurs garants de la prévention et de la sécurité constituent de premières hypothèses concrètes.

Renforcer la cohésion de la chaîne pénale devrait être, en effet, un objectif dépassant tous les clivages partisans. Aujourd'hui, rares sont les responsables politiques pour nier que la sécurité soit à la base des libertés. De même, les querelles idéologiques sur l'origine de la délinquance s'effacent peu à peu au profit d'approches pragmatiques. Partant du constat partagé qu'un délinquant est, à la fois, le produit de lui-même et de son milieu social, la gauche et la droite s'avancent chacune sur le chemin du diptyque «mieux punir, mieux prévenir».

Lentement mais sûrement, les positions tenues au plan national rejoignent ainsi l'expérience des élus locaux, confrontés depuis des années aux mêmes problèmes, quelles que soient leurs couleurs politiques. Pourtant, l'émergence d'un consensus républicain sur ce sujet est sans cesse retardée par les grandes manœuvres et les petits calculs. À cet égard, le chef de l'État et sa majorité prennent aujourd'hui une grave responsabilité. Par le choix d'instrumentaliser les problèmes d'insécurité à la veille du scrutin européen, ils espèrent faire un heureux coup double : masquer leur propre échec en ce domaine et remobiliser leur base électorale. La combine est grossière mais l'Histoire a prouvé, hélas, qu'elle pouvait réussir…

Face au chiffon rouge agité par la droite, le risque est grand, en effet, qu'une partie de la gauche fonce à nouveau sous les banderilles avant de tomber sous le sabre du torero. Amorcée à l'occasion du colloque de Villepinte en octobre 1997, la mutation de la gauche sur cette question reste encore fragile. Si une nouvelle génération d'élus entend bien poursuivre la démarche initiée par Lionel Jospin, nombre de responsables et de militants restent trop prompts à réagir aux provocations sarkozystes. Oubliant les évidences du 21 avril 2002, ils retrouvent vite les réflexes et les certitudes de l'âge des tranchées… Je refuse, pour ma part, de regagner les abris et d'enfiler les vieux uniformes qui ne valent guère mieux, pour la gauche, que la tunique de Nessus. «À la guerre comme en politique, le moment perdu ne revient plus» prévenait déjà… Napoléon.

Élu d'une circonscription où les violences sont une réalité quotidienne, je suis tenu de tout mettre en œuvre pour garantir aux habitants leur droit minimal à la sécurité. Depuis près de dix ans, le contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) d'Évry-Courcouronnes regroupe tous les acteurs dont les fonctions peuvent contribuer, directement ou indirectement, à la lutte contre la délinquance. Par-delà nos différences politiques, les élus de ces deux communes veillent ainsi à la synergie des moyens en concertation avec les représentants de l'État. Des expériences originales y sont menées - comme en matière de vidéoprotection - et chaque jour les polices municipales unissent leurs efforts à ceux de la police nationale pour améliorer leur réactivité.

Nous nous sommes également engagés sur les terrains du combat contre l'absentéisme scolaire et de l'autorité parentale, par la mise en place d'un conseil des droits et devoirs des familles, ou encore, avec les acteurs de la communauté éducative, contre la violence au sein et autour des établissements scolaires. Puisse ce travail partenarial mené au niveau local servir de laboratoire au plan national ! La sécurité n'est ni de gauche ni de droite ! Elle est la première clause du contrat social par lequel les hommes renoncent à la violence de l'état de nature.

Ainsi, la création d'une nouvelle infraction pour participation à une bande violente pourrait combler utilement une lacune du droit. L'actuel délit d'association de malfaiteurs ne recouvre pas, en effet, l'ensemble des violences et des infractions commises par des groupes qui gèrent leurs territoires comme un marché de drogue. Pour y préserver leur monopole, ces bandes recourent aux règlements de compte utilisant marteaux, barres de fer, armes blanches, avec la volonté évidente de blesser et de tuer. Cette question est donc suffisamment sérieuse pour justifier d'être débattue, sans a priori, lors de la prochaine discussion de la proposition de loi déposée par Christian Estrosi.

À l'Assemblée nationale, mon vote ne pourra donc jamais avoir d'autres critères que celui de l'efficacité des mesures présentées contre la délinquance.

Cette fidélité à l'action peut exposer à l'incompréhension des siens et aux procès d'intention des malveillants. Il a pourtant pour seul fondement la volonté d'honorer la confiance accordée par nos concitoyens pour résoudre leurs problèmes. Et je ne doute pas que nous serons un jour nombreux, à gauche, assez sûrs de nous-mêmes et de nos valeurs pour nous élancer hardiment hors des tranchées et des sentiers battus.

Par antonio - Publié dans : Société
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Vendredi 28 novembre 2008
TRIBUNE LIBRE
LE MONDE | 27.11.08 |

Bernard Antoniol, Christine Boubet, Jean-Claude Bouvier, Marie Gaille, Pierre Gaudreau, Luc Gwiazdzinski, Anousheh Karvar, Marc Loriol, Jean-Luc Outin, Pascal Riché, Yves Rousset, Marie-Christine Sarre, Michel Thierry, Gérard Tonnelet.


Il y a un an, un événement exceptionnel a eu lieu à Paris. Consacrée à la question des sans-abri, scandale permanent de notre société, une "conférence de consensus" a réuni pendant deux jours des centaines de professionnels de terrain, de sans-abri et d'experts sous l'égide de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars). Christine Boutin, ministre du logement, de la ville, mais aussi de la pauvreté et de l'exclusion, a ouvert les travaux en s'engageant, la "rage au coeur", à "reprendre le maximum des propositions" qui seraient faites à l'issue de ces travaux.

Un jury de seize personnes, présidé par le conseiller d'Etat Jean-Marie Delarue, s'est ensuite enfermé pendant deux jours pour tenter de dégager un "consensus" sur la politique qu'il conviendrait de suivre. Ce jury, dont les signataires de cette tribune faisaient partie, a remis un rapport suggérant une nouvelle approche pour réduire le nombre de sans-abri, ainsi que de nombreuses propositions concrètes.

Où en est-on un an plus tard ? Nulle part ou presque. La nomination d'un "super- préfet", rattaché au premier ministre, chargé de la coordination de l'action en direction des personnes sans abri et mal logées, laissait entrevoir l'espoir d'une conception nouvelle des politiques publiques face à cet enjeu de société. Hélas, ce ne fut pas le cas. Le jury avait posé comme principe d'une politique publique "que personne ne soit contraint de vivre dans la rue". Le premier ministre François Fillon l'avait repris à son compte. Or, le gouvernement vient de lancer le plan hivernal 2008-2009, et ce principe n'y apparaît nulle part. Ce qui veut dire qu'il y aura encore des structures éphémères pendant l'hiver, qui fermeront au printemps.

Qu'adviendra-t-il alors des gens "mis à l'abri" en mars 2009 ? Le jury avait aussi fixé le principe d'une "sortie par le haut" de la question des sans-abri : plutôt que d'empiler les mesures d'urgence, il faut, comme cela a été fait dans d'autres pays, mettre l'accent sur la prévention et le logement, ce dernier étant le socle de toute insertion. D'où la nécessité d'une politique de construction de logement social qui offre aux plus démunis des loyers très modérés.

Or que prévoit le projet de loi de finances pour 2009 ? Un désengagement de l'Etat de la politique du logement, avec une baisse de 30 % des crédits pour la construction de logements sociaux ! Signe que la lutte en faveur des sans-abri est loin de ses priorités, le gouvernement souhaite maintenant comptabiliser l'accession sociale à la propriété dans le quota de 20 % de logements sociaux imposé aux communes de plus de 3 500 habitants par la loi de solidarité et de renouvellement urbain (SRU). Autrement dit, ceux qui n'ont pas les moyens d'accéder à la propriété et qui ont besoin d'un logement locatif devront faire de la place aux autres... Le Sénat s'est cabré, mais le gouvernement entend revenir à la charge en deuxième lecture du projet de loi Logement à l'Assemblée. Qui vise-t-on à protéger ainsi : ceux qui n'ont pas de toit ou les maires qui ferment les portes de leur ville aux plus démunis d'entre nous ?

Pour être efficace, pas de miracle : il faut construire 500 000 logements accessibles aux plus démunis. Le député Etienne Pinte, chargé par le premier ministre d'élaborer un rapport, partage notre approche. Il n'a pas plus été suivi. "Skip the shelters !", "Sautez l'étape de l'hébergement d'urgence !" nous avaient conseillé des intervenants étrangers lors de la conférence de consensus. Il ne sert à rien de gonfler le dispositif d'abris d'urgence, l'effort doit être concentré sur le logement social.


APPROCHE ASILAIRE

Or, c'est cette logique d'hébergement qui est renforcée. Quelques efforts ont été faits pour humaniser des centres d'hébergement et pour renforcer l'"aller vers" (25 équipes mobiles nouvelles)... Mais le problème, ce n'est évidemment pas la reconduction de ces programmes, hélas nécessaires, mais le fait qu'ils ne s'articulent pas avec une stratégie visant les causes du phénomène. Cette approche asilaire a pour résultat de laisser à la rue les couples, les personnes avec des chiens ; pour résultat d'empêcher les SDF de se poser, de garder quelques affaires personnelles, d'avoir un "chez soi" et donc d'envisager un parcours d'insertion. Sur le logement à la sortie de la prison, une expérimentation a été engagée dans sept départements. Mais pour le reste ? Rien sur la mise en cohérence des politiques publiques (emploi, santé, logement, etc.), qui seule permettrait d'appréhender avec efficacité la situation des sans-abri. Rien d'envergure en matière de prévention. Rien sur les jeunes. Rien sur l'organisation, à l'échelon des "bassins de vie", de prises en charge adaptées aux réalités de la vie des personnes sans abri. Rien sur l'aménagement de l'espace public...

Lorsque l'on songe aux ambitions de 2007, le compte n'y est pas. Où sont passés les engagements publics du gouvernement ? Avec un budget logement en baisse de 7 %, comment ne pas s'interroger sur la sincérité de ces derniers ? Les Pays-Bas ont réduit à presque rien le nombre de sans-abri dans leurs rues. La Grande-Bretagne a fait de même. Le Danemark également.

Pourquoi serait-ce plus difficile pour la France ? Lorsqu'il s'agit de sauver le système bancaire, prendre un problème à bras-le-corps ne semble pas impossible aux décideurs politiques français. Pourquoi ne peut-on pas faire de même lorsqu'il s'agit de s'attaquer à une situation intolérable dans laquelle sont plongées plus de 200 000 personnes ?

 

Par antonio duarte - Publié dans : Logement
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Mercredi 5 novembre 2008
TRIBUNE LIBRE

LE MONDE | 05.11.08

Hubert Védrine est ancien ministre.

Sans aller jusqu'à un Livre noir de la dérégulation, il ne faut pas oublier, au moment où s'engage une difficile bataille pour la régulation, l'action et les arguments de ceux, quels qu'ils soient, qui, depuis trente ans, n'ont eu de cesse de déréglementer sans cesse plus, car ils n'ont pas disparu. Ils se sont affranchis des dernières règles prudentielles et de bon sens et ont discrédité le rôle de tous ceux qui tentaient de résister à cette marée. Pour "libérer la croissance", mais aussi pour des perspectives de gains faramineux, ils ont laissé transformer impunément l'économie mondiale réelle en un gigantesque casino. Nous allons en vivre les conséquences financières, économiques, sociales, politiques.

Maintenant, il faut redonner au capitalisme et à l'économie de marché des règles saines. Evidemment pas pour les asphyxier, mais pour sauver leur capacité créatrice en les organisant. La prétendue autorégulation ayant failli, ces nouvelles règles de prudence et ces mécanismes de contrôle devront être imposés à l'intégralité des acteurs de l'activité bancaire et financière qui ont été irresponsables, à tous les organismes, y compris de supervision, qui ont été à la fois trop nombreux et complaisants.

Qui doit mener cette bataille ? A l'évidence, les gouvernements. Relégitimés au bord du gouffre, ils doivent désormais assumer sans faiblir et aussi longtemps que nécessaire leurs responsabilités. Qui est en faveur d'une nouvelle régulation ? En théorie, tous les partis de gauche en Europe, tous les gouvernements de la zone euro, et même ceux de l'ensemble des Vingt-Sept, y compris le britannique, les institutions européennes, les organisations multilatérales, par définition régulatrices, les dirigeants américains eux-mêmes, jusqu'à un certain point, et dans certaines conditions, les pays émergents. Sans compter les pays non encore émergents et les opinions publiques.

Alors, tout le monde serait brusquement converti à la régulation, et personne, aucun pays, personne ne serait contre ? Bien sûr que non. Derrière l'apparente quasi-unanimité actuelle, les forces idéologiques, politiques, économiques et financières de dérégulation, qui ont imposé leur ligne depuis trente ans et sont actuellement sur la défensive, n'ont pas désarmé.

D'autre part, dès que l'on va aborder le détail des mesures, des désaccords vont se faire jour entre les gouvernements, sur le rythme, la sévérité, les modalités, etc., des nouvelles règles, de même que sur la composition et le rôle des organismes et institutions de régulation, ou encore sur le rôle de l'Etat, plus ou moins directif et durable.

Les patronats et les banques qui n'acceptent le sauvetage par l'Etat que contraints et forcés vont essayer de réduire les contreparties, de contester la nécessité de la "moralisation", de recouvrer au plus tôt une entière liberté. La nécessité de ne pas compromettre par des règles trop strictes la relance économique sera invoquée. Certains essaieront même, par un réflexe à courte vue, de reporter le processus pourtant vital de conversion des économies prédatrices en économies écologiques. Or celui-ci doit absolument se poursuivre.

Ce serait donc une erreur de croire que la bataille pour la régulation est gagnée d'avance. Cela sera beaucoup plus compliqué qu'à Bretton Woods, qui s'était ramené finalement à une victoire du secrétaire américain au Trésor sur Keynes. Nicolas Sarkozy a raison, sur la lancée des réunions de crises récentes, de vouloir mettre à profit jusqu'à la dernière minute sa présidence européenne pour impliquer dans ce mouvement l'administration américaine sortante, puis la nouvelle, ainsi que la Chine et les autres pays émergents (sans oublier les pays du Golfe). Il faut s'attendre cependant à ce que les uns et les autres posent leurs propres conditions, et être prêts à y répondre.

La configuration des réunions d'octobre et de novembre, possible parce que décidée à chaud, va préfigurer celle des nouvelles enceintes et institutions : un Eurogroupe plus politique, renforcé, reformaté depuis la réunion de Paris, qu'il faut absolument pérenniser ; un G8 élargi à un G20 présidé par Gordon Brown, et qu'il faudra, lui aussi, réunir plusieurs fois ; un FMI réformé possible superviseur financier d'ensemble ; un jour, peut-être un Conseil économique et social des Nations unies rehaussé au niveau des dirigeants politiques pour harmoniser les nouvelles règles financières, commerciales, sociales, environnementales et mondiales.

Ce combat ambitieux aura de vraies chances d'aboutir s'il est mené en harmonie par la France et l'Allemagne (c'est indispensable, mais ce n'est pas encore le cas), ainsi qu'avec la Grande-Bretagne. En ce moment, pour quelque temps, un agenda commun est possible. En étroite association bien sûr avec les membres du nouvel Eurogroupe, et le reste des Vingt-Sept.

La France n'arrivera pas à changer les règles des présidences, c'est même maladroit de l'avoir évoqué, mais elle peut ainsi mettre en marche dans les deux mois les bons engrenages en jouant de tout le clavier bilatéral et multilatéral, politique et économique. En particulier, en faisant acter le principe d'une réunion régulière en 2009 de l'Eurogroupe nouvelle manière. Et en saisissant la période de quelques mois pendant laquelle la nouvelle administration américaine sera réceptive et disponible.

De leur côté, les gauches européennes, qui n'avaient pas attendu, elles, la catastrophe pour mettre en garde contre les dangers de la déréglementation sauvage, à l'exception, maintenant corrigée, du Parti travailliste britannique, devraient se faire entendre haut et fort. Elles en auraient la légitimité. Où sont-elles passées ? Elles doivent se rassembler. Etablir leurs propres propositions, précises et concrètes, domaine par domaine, institution par institution. Fixer leur propre agenda pour la régulation, le faire connaître dès avant le G20 élargi du 15 novembre. Maintenir la pression quand l'élan régulateur s'essoufflera.

Cette crise aiguë constitue la première occasion sérieuse de redonner au monde des règles économiques raisonnables depuis que, à partir de 1971, les Etats-Unis ont jeté à bas le système qu'ils avaient installé en 1945. Et que, en 1989-1991, l'occasion de la refondation n'a pas été saisie parce que les Occidentaux croyaient alors que leur triomphe tiendrait lieu de règles universelles. Crise, prise de conscience, révision des dogmes, départ de l'administration Bush, le moment est réellement historique. Il ne faut pas le manquer. Régulateurs de tous les pays, unissez-vous !


Par antonio duarte - Publié dans : Economie
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Mercredi 5 novembre 2008
TRIBUNE LIBRE

LE MONDE 03/11/08

Jan Peter Balkenende est premier ministre des Pays-Bas.

Wouter Bos est ministre des finances des Pays-Bas.

La stabilité financière est un bien public mondial. La crise financière internationale a montré l'importance d'une coopération étroite et rapide entre les autorités gouvernementales et monétaires des Etats avec leurs homologues internationales. Sans intensification de la coopération internationale, il ne peut y avoir de système financier stable, réactif et durable.

Comment y parvenir ? En préconisant d'abord une attitude nouvelle de la profession bancaire, des innovations financières et des rémunérations qui exigent le réalignement de la politique d'intéressement des sociétés financières sur des objectifs à long terme et l'intérêt général. En comblant ensuite le fossé entre les superviseurs, orientés vers le niveau national, et les banques et les assureurs qui opèrent au niveau international. En établissant enfin une autorité d'envergure mondiale qui veille à la stabilité financière, tout en évitant l'inflation bureaucratique.

Nous proposons le mode d'action suivant. Les gouvernements du monde entier sont intervenus, collectivement et individuellement, pour sauver et soutenir les institutions. Désormais, le secteur financier doit, lui aussi, assumer rapidement ses responsabilités. La politique d'intéressement pratiquée par les établissements financiers et les marchés est exagérément axée sur le profit individuel à court terme, et trop peu sur la stabilité à long terme et l'intérêt général. Les banques doivent modifier les systèmes de primes, et les gouvernements et les superviseurs doivent les y aider - voire, si nécessaire, les y contraindre. Il nous faut ancrer l'idée d'intérêt général dans les activités financières. Pour prévenir efficacement la prise de risque excessive, nous pouvons, par exemple, renforcer l'autorégulation des établissements financiers en attribuant au gestionnaire des risques un siège - avec droit de veto - au conseil de direction. Nous pouvons aussi modifier l'intéressement personnel des employés et des cadres des sociétés financières en soumettant la grille des rémunérations au superviseur chargé de veiller à la stabilité financière. Et si cela s'avère insuffisant, nous pouvons envisager d'introduire une clause de récupération des primes.

Mais ce n'est pas tout. Il nous faut aussi réformer les mécanismes de gestion et de supervision en temps de crise. Nous devons tous admettre que les problèmes financiers d'un pays ne s'arrêtent pas à ses frontières. Une réponse efficace exige une action rapide et concertée. En cas de crise, le temps est compté. C'est pourquoi nous devons combler le fossé qui sépare les superviseurs nationaux des banques et des assureurs opérant à l'international.

Nous partageons l'avis de nos homologues qui, comme Gordon Brown, estiment que les superviseurs doivent davantage coopérer et rapprocher leurs méthodes. Cela dit, il nous faut reconnaître que le fait de travailler à un agenda mondial ne saurait occulter l'inachèvement de l'agenda européen en la matière. La supervision reste très fragmentée en Europe, et la réponse rapide et coordonnée apportée récemment par les gouvernements européens tient en grande partie à la force du leadership individuel de Nicolas Sarkozy. Nous devons maintenant accélérer le pas vers un système européen intégré de supervision prudentielle et de gestion des crises.

Tout cela n'est, bien entendu, encore pas suffisant. En plus de systèmes et d'accords nationaux et européens, nous avons aussi besoin d'établir un pouvoir de contrôle de la stabilité financière mondiale. Il ne s'agit pas de créer une nouvelle bureaucratie, mais plutôt d'exploiter les atouts des institutions internationales en place. Le FMI a évidemment les qualifications requises, à condition d'élargir son mandat et de renforcer ses compétences ; ce qui revient à rehausser sa crédibilité.

Les points forts du FMI sont sa grande expertise, le nombre de ses membres, à travers le monde, et des structures de responsabilité inégalées au sein des autres organisations. Dans ses évaluations annuelles des politiques économiques de tous les Etats membres, il pourrait inclure l'examen obligatoire des dispositifs de supervision prudentielle ; examen dont les résultats seraient publiés. Cette organisation ne devrait pas seulement accroître son influence sur les gouvernements nationaux, elle devrait aussi être habilitée à émettre des recommandations à l'intention des organismes normalisateurs (Banque des règlements internationaux et son comité de Bâle, Organisation internationale des commissions de valeurs et International accounting standards board). Le Forum pour la stabilité financière devrait être placé sous l'égide du FMI afin de donner une légitimité politique à ses travaux. Ainsi, nous pourrions voir le FMI se muer en organisation pour la stabilité financière mondiale.

Le rééquilibrage du système financier international est l'un des défis majeurs de notre temps. Nous n'aurons probablement pas de deuxième chance, c'est maintenant ou jamais !


Par antonio duarte - Publié dans : Economie
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Lundi 20 octobre 2008
Le Droit opposable au Logement, que nous réclamions depuis plusieurs années, est désormais opérationnel. Le taux d'avis favorable de 47% semble relativement satisfaisant, bien que nous aimerions connaître les critères précis pour donner une suite à un dossier.
L'Ile de France connaissant toujours une grave crise du logement, de nombreux foyers sont très mal logés, voire pas logés. L'inssufisance de constructions de logements, notamment sociaux, risque d'être renforcée avec le ralentissement économique qui frappe l'immobilier après la forte hausse des prix ces dix dernières années.
Nous souhaitons que l'Etat, la Région et la Ville de Paris s'accordent pour relancer la construction de logements et mettre en place une structure intercommunale pour le gérer à l'échelle de l'agglomération.

Antonio Duarte


PRESSE
LE MONDE 20.10.08

Sur les huit premiers mois de l'année 2008, 40 247 ménages ont déposé un recours pour pouvoir bénéficier du droit au logement opposable (DALO), un dispositif entré en vigueur le 1er janvier qui vise à donner un toit aux personnes "prioritaires". Extraits d'un rapport du Comité de suivi de la mise en œuvre du DALO que Le Monde s'est procuré, ces chiffres peuvent sembler "modestes" au regard des estimations qui avaient circulé avant l'application de la loi : en 2007, le nombre de "ménages potentiellement concernés" par le DALO avait été évalué à 600 000.

Mais ceux qui ont formulé une demande "sont loin de représenter la totalité des personnes (…) en situation d'échec par rapport au droit au logement", souligne le Comité de suivi. D'après lui, la procédure mise en place début janvier n'est pas encore très bien connue et les candidats au DALO sont insuffisamment épaulés. Des "intervenants sociaux" manifestent un "certain scepticisme" ou méconnaissent le dispositif, constate le rapport.

Sans surprise, la région Ile-de-France concentre une très nette majorité des requêtes (63 %). Le DALO est également très sollicité dans huit départements de province fortement urbanisés (Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Hérault, Loire-Atlantique, Nord, Rhône, Var). A l'inverse, 75 % des départements enregistrent très peu de recours (moins de 25 par mois, en moyenne).

Chargées de se prononcer sur le caractère prioritaire de la situation des demandeurs, les "commissions de médiation" ont examiné environ la moitié des dossiers adressés entre janvier et fin août : elles ont rendu un avis favorable dans 47 % des cas. Un peu plus de 2 100 propositions de logement ou d'hébergement ont pu être faites.

ATTRIBUER DES "MOYENS D'EXCEPTION"

Les chiffres attestent d'un contexte de "crise" en région parisienne, dans les départements d'outre-mer et sur la quasi-totalité du pourtour méditerranéen. Des "moyens d'exception" doivent être attribués à ces territoires, préconise le Comité de suivi. Sinon, l'Etat risque d'être condamné à partir du 1er décembre prochain, puisque la loi prévoit que les personnes prioritaires laissées sans solution peuvent se tourner vers les tribunaux à compter de cette date.

Dans les départements en difficulté, il serait judicieux, aux yeux du Comité, d'arrêter "avant la fin de l'année" un programme de logements locatifs sociaux qui fixe des objectifs par commune.

D'une façon plus globale, le rapport invite l'Etat à se montrer "sans faiblesse" à l'égard des municipalités soumises au quota de 20 % de logements sociaux, conformément à la loi "Solidarité et renouvellement urbains" (SRU) de décembre 2000. Les préfets ont la possibilité de "mandater des organismes" pour construire des habitations à loyer modéré dans les villes qui n'ont pas respecté leurs obligations : cette prérogative doit être utilisée, insiste le Comité. Celui-ci suggère également de donner au préfet un droit de préemption afin de lancer des programmes immobiliers dans les communes qui bafouent la "loi SRU".

Enfin, le rapport réclame le retrait d'une disposition de la loi "de mobilisation pour le logement", actuellement examinée par le Sénat, qui prévoit d'assimiler temporairement à du logement social certaines habitations vendues à des ménages modestes. Si une telle règle était adoptée, met en garde le Comité de suivi, cela serait "perçu comme une caution apportée" aux maires qui ne veulent pas atteindre le quota de 20 % de logements sociaux.

Bertrand Bissuel
Par antonio duarte - Publié dans : Logement
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Vendredi 17 octobre 2008

TRIBUNE LIBRE

LE MONDE | 16.10.08

par Roger-Pol Droit

Le voilà revenu d'entre les morts. Juste le temps d'un diagnostic. Celui qu'on a surnommé "le maître de ceux qui savent" se retrouve effectivement, pour la journée, à New York. On l'a conduit directement à Wall Street. Objectif : savoir ce qu'il pense de la crise financière mondiale. Personne ne sait par quelle magie le vieil homme se trouve là soudainement. Un peu voûté, la barbe claire, vêtu d'une curieuse tunique, l'oeil très vif, surtout pour un mort si antique, il semble comprendre parfaitement l'anglais. Décidément, il y a bien des choses étranges dans cette brusque apparition d'un grand philosophe au coeur de la tourmente boursière. Plus personne n'y comprend rien, on ne sait plus vers qui se tourner, on en appelle donc à l'un des pères fondateurs de la pensée.

A ceux qui l'entourent et le questionnent, avides de conseils, Aristote tient absolument à rappeler sa distinction d'autrefois entre "économie" et "chrématistique". Forgée à partir des termes grecs oïkos ("maison") et nomos ("loi"), "l'éco-nomie" désigne d'abord la gestion des affaires de la maison - qu'il s'agisse du budget familial, de la régulation d'un petit domaine agricole, ou encore d'une échoppe d'artisan. Elle trouve donc ses limites dans la taille de la maisonnée, dans l'objectif même d'une prospérité tranquille et durable.

A l'opposé, la chrématistique, elle, est sans limites. Le terme désigne la chasse à la richesse, la poursuite de la fortune pour la fortune. Par définition, on n'en a jamais assez, il en faut toujours plus.

Un trader anxieux lui ayant demandé en quoi cette distinction, valable dans le monde antique, pouvait bien nous apprendre encore quelque chose, Aristote réplique qu'il lui semble bien que la gestion de la maison n'est pas sans rapport avec ce que nous appelons "économie réelle", à condition d'admettre que la maison en question possède à présent les mêmes dimensions que le monde. Quant à la chrématistique, on la retrouve, selon lui, infiniment étendue, démesurément développée, dans cette "économie financière" dont la spirale a engendré la tempête actuelle.

Le vieux maître enchaîne aussitôt sur l'opposition, pertinente et bien connue, entre "démesure" et "prudence". Il précise que "démesure" ne traduit qu'approximativement le terme grec hubris, qui demeure sans équivalent exact dans les vocabulaires modernes. L'hubris, c'est le franchissement des bornes, l'entrée dans l'illimité, le dépassement des normes. Parmi ses causes : orgueil, arrogance, emportement de la colère, aveuglement de la violence, paroxysme du désir. Cette démesure se termine toujours mal : sur l'échec et la chute. Parmi les exemples, Aristote rappelle les Titans, Icare, Achille. Il cite Hérodote ("Le ciel rabaisse toujours ce qui passe la mesure") et mentionne aussitôt que cela vaut également pour les golden boys et les traders, ce qui fait sourire.

Inverse de l'hubris, et pas plus traduisible, la sophrôsunè n'est pas simplement ce que nous appelons couramment la prudence. C'est plutôt l'action raisonnable, guidée par le juste calcul des chances et des risques, par la pesée du pour et du contre, par la délibération intelligente et le sens de la mesure. Quelqu'un demanda alors au philosophe s'il pensait vraiment que rien n'avait changé. Peut-il suffire d'opposer mesure et démesure, sens des limites et désir illimité ? N'est-ce pas bien simple, trop simple ? Il se tut.

Car ce que nous avons inventé n'est pas pensable pour lui. Rien, dans le cadre de pensée antique, ne permet d'avoir prise sur cette situation très étrange, totalement inédite, où nous nous trouvons, ce temps où nous avons fini par introduire la démesure dans la mesure, la déraison dans la raison. Qu'on observe, simplement, les salles de marché sont saturées d'ordinateurs, de logiciels de calcul, de machines à défier l'imprévisible. Qu'on constate comment les produits financiers sont fabriqués sur des algorithmes en principe gagnants. Conclusion évidente : une rationalité omniprésente s'impose en maître de toute décision, prétend chasser l'erreur, parer à toute éventualité, soumettre à son contrôle les mouvements du hasard comme les choix des acteurs. Les banques ne lâchent pas la bride aux passions, au dérèglement. Elles se veulent les hauts lieux de l'exactitude, du calcul, de la sophistication rationnelle. Mais c'est justement cette hyper-rationalité qui se révèle déraisonnable. Cette soumission générale à la mesure apparaît démesurée.

Voilà ce qui, dans le monde d'Aristote, n'était pas envisageable. L'idée que la raison puisse s'étendre sans fin, s'appliquer sans frein, devenir à son tour la pire des aberrations, aucun Grec n'aurait osé seulement l'imaginer. Or c'est bien cette monstruosité que nous avons sous les yeux, et que cette crise mondiale ne fait que rendre plus visible. La décision rationnelle, à force d'être hypertrophiée, génère du chaos. Le renforcement des pilotages automatiques fait qu'il n'y a plus de pilote nulle part. C'est ainsi que la délibération, le savoir, la mesure, tous les vieux repères, se trouvent transformés en pièges. Cultivés sans limites, ils se retournent contre ceux qui croyaient s'en protéger.

Alors que les places financières commencent à peine à fonctionner de nouveau, on peut entrevoir combien la crise est profonde et sera durable. Elle concerne aussi, et directement, nos usages de la rationalité. Aristote, effaré, a disparu dans un taxi, direction Hadès. Il nous reste beaucoup à inventer, sinon nous risquons d'en faire autant.

Par antonio duarte - Publié dans : Société
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