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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 13:16
ANALYSE
LEMONDE.FR | 11.06.09

Le Conseil d'Etat a rendu public, mercredi 11 juin, son rapport annuel intitulé "Droit au logement, droit du logement". La plus haute juridiction de l'ordre administratif interpelle le gouvernement sur les difficultés de mise en œuvre de la loi sur le droit au logement opposable (DALO). Frédéric Tiberghien, conseiller d'Etat et rapporteur de la section du rapport et des études, analyse ci-desssous, point par point, les blocages qui freinent l'application de cette loi adoptée il y a plus de deux ans.

1. Une loi mal connue. "Le droit au logement opposable a commencé à être appliqué en décembre 2008. Comme tout nouveau droit, il est mal connu. Dans les premiers mois, peu de demandes ont été formulées (environ 60 000) alors que nous en attendions 600 000 à 800 000. L'administration s'est montrée réticente à diffuser l'information car elle craignait d'être submergée par les demandes. Il faut douze à quatorze mois en moyenne entre le moment où la personne fait sa demande et le moment où elle est relogée. Les gens sont donc dans une position attentiste."

2. Des conditions d'accès encore floues. "La première difficulté est de recueillir des informations sur les demandeurs (ressources, nombre de membres dans la famille...). La loi DALO prévoit six catégories de personnes à reloger en priorité qu'il faut combiner avec des dispositions qui existent déjà. Par exemple : si une personne vit dans un logement insalubre, c'est au propriétaire de la reloger, mais doit-on faire prévaloir cette disposition ou admettre la personne comme demandeuse prioritaire au titre du DALO ? Un problème similaire se pose pour les expulsions : doit-on être admis quand on reçoit un avis du propriétaire ou seulement une fois l'expulsion prononcée par la justice ? Il y a clairement un manque d'uniformité et de clarté qui gêne les procédures."

3. Des demandes très disparates sur l'ensemble de l'Hexagone. "On a une disparité très importante des demandes entre les zones géographiques. On constate une forte concentration des demandes dans les agglomérations, notamment en région parisienne, alors qu'il y a des logements disponibles ailleurs. A Paris, on estime que  10 000 logements accessibles aux bénéficiaires de la loi DALO se libèrent chaque année, alors qu'il peut y avoir environ 60 000 personnes. Au niveau national, le véritable nombre de logements mobilisables par les préfets serait de 55 000 logements, alors que 600 000 à 800 000 personnes pourraient, selon nos calculs, demander à bénéficier du DALO."

4. Une mauvaise répartition entre les partenaires. "Les communes, les partenaires sociaux, l'Etat, les offices HLM participent au financement des logements sociaux et ont des droits de réservation sur ces derniers. La loi DALO vient percuter ces dispositifs, et il est difficile de dire sur quels logements on va imputer les candidats au DALO. Par ailleurs, les communes ne participent pas à cette répartition. Il faut que tous les réservataires participent via des accords locaux. C'est un système à revoir d'urgence, sans quoi la loi DALO aura plus de difficulté à être mise en œuvre."

5. Un risque de nouveaux contentieux. "Ce qui inquiète aussi dans la mise en œuvre de la loi DALO, c'est le risque de multiplication des contentieux qu'elle comporte. Que se passe-t-il quand un citoyen déclaré prioritaire n'obtient pas de logement ? Selon la loi, l'Etat peut-être condamné à verser une astreinte qui sera destinée à un fonds de construction de logements sociaux. Mais la loi n'exclut pas non plus que la personne lésée engage une procédure pour obtenir réparation personnellement. L'application de la loi va générer un nouveau contentieux qui n'est pas celui prévu à l'origine mais dont on ne mesure pas encore l'effet."

Propos recueillis par Anne-Louise Sautreuil
Par antonio - Publié dans : Logement
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Lundi 15 juin 2009 1 15 /06 /Juin /2009 13:06
TRIBUNE LIBRE
LE FIGARO
01/06/2009

Par Manuel Valls

S'il critique le discours de Nicolas Sarkozy sur la sécurité, le député maire d'Évry Manuel Valls met en garde les socialistes contre l'angélisme et leur demande d'examiner sans a priori la proposition de loi de Christian Estrosi sur les bandes.

 

La lutte contre la délinquance a longtemps tourné à la guerre de tranchée entre la gauche et la droite. Campées l'une et l'autre sur leurs certitudes,elles ont livré, durant des lustres, un combat épuisant et stérile opposant prévention et répression. Il est grand temps désormais, pour chacune, d'abandonner ses barbelés et ses sacs de sable pour livrer une guerre de mouvement contreun fléau qui frappe d'abord, ne l'oublions jamais, les ménages modestes des quartiers populaires. L'autorité publique souffre en premier lieu - c'est bien évident - de la faillite de l'idéal républicain. La cristallisationde ghettos urbains où sévissent l'échec scolaire, la ségrégation ethnique et le chômage de masse ont détruit l'égalité des chances et l'espoir d'ascension sociale pour des millions de concitoyens.

Dès lors, il est fatal que l'autorité publique y soit affaiblie en raison de son impuissance à changer l'ordre des choses. Mais cette cause fondamentale ne doit pas masquer les autres motifs d'érosion. L'autorité publique pâtit en effet, tout aussi gravement, des ratés de la chaîne pénale. De nombreux délinquants multiréitérants, interpellés par la police, font trop souvent l'objet d'un simple «rappel à la loi». La multiplication de ce genre de décision mine tous les efforts de prévention déployés sur le terrain par les élus locaux et les acteurs sociaux. Elle contribue à annihiler l'autorité de la loi en développant un sentiment de totale impunité chez les délinquants.

Sans remettre en cause - d'aucune sorte - l'indépendance de la magistrature, il est aujourd'hui nécessaire de s'interroger sur les moyens de restaurer la crainte que la justice doit inspirer aux délinquants. Garantir l'exécution rapide des peines et raccourcir le délai entre la commission du délit et le prononcé de la sanction sont déjà des objectifs largement partagés.

Il semble donc opportun d'ouvrir de nouvelles pistes de réflexion sur la manière d'assurer une meilleure connaissance des juges des réalités du terrain. Favoriser l'affectation de magistrats expérimentés dans les secteurs les plus difficiles et les associer davantage aux efforts des autres acteurs garants de la prévention et de la sécurité constituent de premières hypothèses concrètes.

Renforcer la cohésion de la chaîne pénale devrait être, en effet, un objectif dépassant tous les clivages partisans. Aujourd'hui, rares sont les responsables politiques pour nier que la sécurité soit à la base des libertés. De même, les querelles idéologiques sur l'origine de la délinquance s'effacent peu à peu au profit d'approches pragmatiques. Partant du constat partagé qu'un délinquant est, à la fois, le produit de lui-même et de son milieu social, la gauche et la droite s'avancent chacune sur le chemin du diptyque «mieux punir, mieux prévenir».

Lentement mais sûrement, les positions tenues au plan national rejoignent ainsi l'expérience des élus locaux, confrontés depuis des années aux mêmes problèmes, quelles que soient leurs couleurs politiques. Pourtant, l'émergence d'un consensus républicain sur ce sujet est sans cesse retardée par les grandes manœuvres et les petits calculs. À cet égard, le chef de l'État et sa majorité prennent aujourd'hui une grave responsabilité. Par le choix d'instrumentaliser les problèmes d'insécurité à la veille du scrutin européen, ils espèrent faire un heureux coup double : masquer leur propre échec en ce domaine et remobiliser leur base électorale. La combine est grossière mais l'Histoire a prouvé, hélas, qu'elle pouvait réussir…

Face au chiffon rouge agité par la droite, le risque est grand, en effet, qu'une partie de la gauche fonce à nouveau sous les banderilles avant de tomber sous le sabre du torero. Amorcée à l'occasion du colloque de Villepinte en octobre 1997, la mutation de la gauche sur cette question reste encore fragile. Si une nouvelle génération d'élus entend bien poursuivre la démarche initiée par Lionel Jospin, nombre de responsables et de militants restent trop prompts à réagir aux provocations sarkozystes. Oubliant les évidences du 21 avril 2002, ils retrouvent vite les réflexes et les certitudes de l'âge des tranchées… Je refuse, pour ma part, de regagner les abris et d'enfiler les vieux uniformes qui ne valent guère mieux, pour la gauche, que la tunique de Nessus. «À la guerre comme en politique, le moment perdu ne revient plus» prévenait déjà… Napoléon.

Élu d'une circonscription où les violences sont une réalité quotidienne, je suis tenu de tout mettre en œuvre pour garantir aux habitants leur droit minimal à la sécurité. Depuis près de dix ans, le contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) d'Évry-Courcouronnes regroupe tous les acteurs dont les fonctions peuvent contribuer, directement ou indirectement, à la lutte contre la délinquance. Par-delà nos différences politiques, les élus de ces deux communes veillent ainsi à la synergie des moyens en concertation avec les représentants de l'État. Des expériences originales y sont menées - comme en matière de vidéoprotection - et chaque jour les polices municipales unissent leurs efforts à ceux de la police nationale pour améliorer leur réactivité.

Nous nous sommes également engagés sur les terrains du combat contre l'absentéisme scolaire et de l'autorité parentale, par la mise en place d'un conseil des droits et devoirs des familles, ou encore, avec les acteurs de la communauté éducative, contre la violence au sein et autour des établissements scolaires. Puisse ce travail partenarial mené au niveau local servir de laboratoire au plan national ! La sécurité n'est ni de gauche ni de droite ! Elle est la première clause du contrat social par lequel les hommes renoncent à la violence de l'état de nature.

Ainsi, la création d'une nouvelle infraction pour participation à une bande violente pourrait combler utilement une lacune du droit. L'actuel délit d'association de malfaiteurs ne recouvre pas, en effet, l'ensemble des violences et des infractions commises par des groupes qui gèrent leurs territoires comme un marché de drogue. Pour y préserver leur monopole, ces bandes recourent aux règlements de compte utilisant marteaux, barres de fer, armes blanches, avec la volonté évidente de blesser et de tuer. Cette question est donc suffisamment sérieuse pour justifier d'être débattue, sans a priori, lors de la prochaine discussion de la proposition de loi déposée par Christian Estrosi.

À l'Assemblée nationale, mon vote ne pourra donc jamais avoir d'autres critères que celui de l'efficacité des mesures présentées contre la délinquance.

Cette fidélité à l'action peut exposer à l'incompréhension des siens et aux procès d'intention des malveillants. Il a pourtant pour seul fondement la volonté d'honorer la confiance accordée par nos concitoyens pour résoudre leurs problèmes. Et je ne doute pas que nous serons un jour nombreux, à gauche, assez sûrs de nous-mêmes et de nos valeurs pour nous élancer hardiment hors des tranchées et des sentiers battus.

Par antonio - Publié dans : Société
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Vendredi 28 novembre 2008 5 28 /11 /Nov /2008 01:44
TRIBUNE LIBRE
LE MONDE | 27.11.08 |

Bernard Antoniol, Christine Boubet, Jean-Claude Bouvier, Marie Gaille, Pierre Gaudreau, Luc Gwiazdzinski, Anousheh Karvar, Marc Loriol, Jean-Luc Outin, Pascal Riché, Yves Rousset, Marie-Christine Sarre, Michel Thierry, Gérard Tonnelet.


Il y a un an, un événement exceptionnel a eu lieu à Paris. Consacrée à la question des sans-abri, scandale permanent de notre société, une "conférence de consensus" a réuni pendant deux jours des centaines de professionnels de terrain, de sans-abri et d'experts sous l'égide de la Fédération nationale des associations d'accueil et de réinsertion sociale (Fnars). Christine Boutin, ministre du logement, de la ville, mais aussi de la pauvreté et de l'exclusion, a ouvert les travaux en s'engageant, la "rage au coeur", à "reprendre le maximum des propositions" qui seraient faites à l'issue de ces travaux.

Un jury de seize personnes, présidé par le conseiller d'Etat Jean-Marie Delarue, s'est ensuite enfermé pendant deux jours pour tenter de dégager un "consensus" sur la politique qu'il conviendrait de suivre. Ce jury, dont les signataires de cette tribune faisaient partie, a remis un rapport suggérant une nouvelle approche pour réduire le nombre de sans-abri, ainsi que de nombreuses propositions concrètes.

Où en est-on un an plus tard ? Nulle part ou presque. La nomination d'un "super- préfet", rattaché au premier ministre, chargé de la coordination de l'action en direction des personnes sans abri et mal logées, laissait entrevoir l'espoir d'une conception nouvelle des politiques publiques face à cet enjeu de société. Hélas, ce ne fut pas le cas. Le jury avait posé comme principe d'une politique publique "que personne ne soit contraint de vivre dans la rue". Le premier ministre François Fillon l'avait repris à son compte. Or, le gouvernement vient de lancer le plan hivernal 2008-2009, et ce principe n'y apparaît nulle part. Ce qui veut dire qu'il y aura encore des structures éphémères pendant l'hiver, qui fermeront au printemps.

Qu'adviendra-t-il alors des gens "mis à l'abri" en mars 2009 ? Le jury avait aussi fixé le principe d'une "sortie par le haut" de la question des sans-abri : plutôt que d'empiler les mesures d'urgence, il faut, comme cela a été fait dans d'autres pays, mettre l'accent sur la prévention et le logement, ce dernier étant le socle de toute insertion. D'où la nécessité d'une politique de construction de logement social qui offre aux plus démunis des loyers très modérés.

Or que prévoit le projet de loi de finances pour 2009 ? Un désengagement de l'Etat de la politique du logement, avec une baisse de 30 % des crédits pour la construction de logements sociaux ! Signe que la lutte en faveur des sans-abri est loin de ses priorités, le gouvernement souhaite maintenant comptabiliser l'accession sociale à la propriété dans le quota de 20 % de logements sociaux imposé aux communes de plus de 3 500 habitants par la loi de solidarité et de renouvellement urbain (SRU). Autrement dit, ceux qui n'ont pas les moyens d'accéder à la propriété et qui ont besoin d'un logement locatif devront faire de la place aux autres... Le Sénat s'est cabré, mais le gouvernement entend revenir à la charge en deuxième lecture du projet de loi Logement à l'Assemblée. Qui vise-t-on à protéger ainsi : ceux qui n'ont pas de toit ou les maires qui ferment les portes de leur ville aux plus démunis d'entre nous ?

Pour être efficace, pas de miracle : il faut construire 500 000 logements accessibles aux plus démunis. Le député Etienne Pinte, chargé par le premier ministre d'élaborer un rapport, partage notre approche. Il n'a pas plus été suivi. "Skip the shelters !", "Sautez l'étape de l'hébergement d'urgence !" nous avaient conseillé des intervenants étrangers lors de la conférence de consensus. Il ne sert à rien de gonfler le dispositif d'abris d'urgence, l'effort doit être concentré sur le logement social.


APPROCHE ASILAIRE

Or, c'est cette logique d'hébergement qui est renforcée. Quelques efforts ont été faits pour humaniser des centres d'hébergement et pour renforcer l'"aller vers" (25 équipes mobiles nouvelles)... Mais le problème, ce n'est évidemment pas la reconduction de ces programmes, hélas nécessaires, mais le fait qu'ils ne s'articulent pas avec une stratégie visant les causes du phénomène. Cette approche asilaire a pour résultat de laisser à la rue les couples, les personnes avec des chiens ; pour résultat d'empêcher les SDF de se poser, de garder quelques affaires personnelles, d'avoir un "chez soi" et donc d'envisager un parcours d'insertion. Sur le logement à la sortie de la prison, une expérimentation a été engagée dans sept départements. Mais pour le reste ? Rien sur la mise en cohérence des politiques publiques (emploi, santé, logement, etc.), qui seule permettrait d'appréhender avec efficacité la situation des sans-abri. Rien d'envergure en matière de prévention. Rien sur les jeunes. Rien sur l'organisation, à l'échelon des "bassins de vie", de prises en charge adaptées aux réalités de la vie des personnes sans abri. Rien sur l'aménagement de l'espace public...

Lorsque l'on songe aux ambitions de 2007, le compte n'y est pas. Où sont passés les engagements publics du gouvernement ? Avec un budget logement en baisse de 7 %, comment ne pas s'interroger sur la sincérité de ces derniers ? Les Pays-Bas ont réduit à presque rien le nombre de sans-abri dans leurs rues. La Grande-Bretagne a fait de même. Le Danemark également.

Pourquoi serait-ce plus difficile pour la France ? Lorsqu'il s'agit de sauver le système bancaire, prendre un problème à bras-le-corps ne semble pas impossible aux décideurs politiques français. Pourquoi ne peut-on pas faire de même lorsqu'il s'agit de s'attaquer à une situation intolérable dans laquelle sont plongées plus de 200 000 personnes ?

 

Par antonio duarte - Publié dans : Logement
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Lundi 20 octobre 2008 1 20 /10 /Oct /2008 14:02
Le Droit opposable au Logement, que nous réclamions depuis plusieurs années, est désormais opérationnel. Le taux d'avis favorable de 47% semble relativement satisfaisant, bien que nous aimerions connaître les critères précis pour donner une suite à un dossier.
L'Ile de France connaissant toujours une grave crise du logement, de nombreux foyers sont très mal logés, voire pas logés. L'inssufisance de constructions de logements, notamment sociaux, risque d'être renforcée avec le ralentissement économique qui frappe l'immobilier après la forte hausse des prix ces dix dernières années.
Nous souhaitons que l'Etat, la Région et la Ville de Paris s'accordent pour relancer la construction de logements et mettre en place une structure intercommunale pour le gérer à l'échelle de l'agglomération.

Antonio Duarte


PRESSE
LE MONDE 20.10.08

Sur les huit premiers mois de l'année 2008, 40 247 ménages ont déposé un recours pour pouvoir bénéficier du droit au logement opposable (DALO), un dispositif entré en vigueur le 1er janvier qui vise à donner un toit aux personnes "prioritaires". Extraits d'un rapport du Comité de suivi de la mise en œuvre du DALO que Le Monde s'est procuré, ces chiffres peuvent sembler "modestes" au regard des estimations qui avaient circulé avant l'application de la loi : en 2007, le nombre de "ménages potentiellement concernés" par le DALO avait été évalué à 600 000.

Mais ceux qui ont formulé une demande "sont loin de représenter la totalité des personnes (…) en situation d'échec par rapport au droit au logement", souligne le Comité de suivi. D'après lui, la procédure mise en place début janvier n'est pas encore très bien connue et les candidats au DALO sont insuffisamment épaulés. Des "intervenants sociaux" manifestent un "certain scepticisme" ou méconnaissent le dispositif, constate le rapport.

Sans surprise, la région Ile-de-France concentre une très nette majorité des requêtes (63 %). Le DALO est également très sollicité dans huit départements de province fortement urbanisés (Alpes-Maritimes, Bouches-du-Rhône, Haute-Garonne, Hérault, Loire-Atlantique, Nord, Rhône, Var). A l'inverse, 75 % des départements enregistrent très peu de recours (moins de 25 par mois, en moyenne).

Chargées de se prononcer sur le caractère prioritaire de la situation des demandeurs, les "commissions de médiation" ont examiné environ la moitié des dossiers adressés entre janvier et fin août : elles ont rendu un avis favorable dans 47 % des cas. Un peu plus de 2 100 propositions de logement ou d'hébergement ont pu être faites.

ATTRIBUER DES "MOYENS D'EXCEPTION"

Les chiffres attestent d'un contexte de "crise" en région parisienne, dans les départements d'outre-mer et sur la quasi-totalité du pourtour méditerranéen. Des "moyens d'exception" doivent être attribués à ces territoires, préconise le Comité de suivi. Sinon, l'Etat risque d'être condamné à partir du 1er décembre prochain, puisque la loi prévoit que les personnes prioritaires laissées sans solution peuvent se tourner vers les tribunaux à compter de cette date.

Dans les départements en difficulté, il serait judicieux, aux yeux du Comité, d'arrêter "avant la fin de l'année" un programme de logements locatifs sociaux qui fixe des objectifs par commune.

D'une façon plus globale, le rapport invite l'Etat à se montrer "sans faiblesse" à l'égard des municipalités soumises au quota de 20 % de logements sociaux, conformément à la loi "Solidarité et renouvellement urbains" (SRU) de décembre 2000. Les préfets ont la possibilité de "mandater des organismes" pour construire des habitations à loyer modéré dans les villes qui n'ont pas respecté leurs obligations : cette prérogative doit être utilisée, insiste le Comité. Celui-ci suggère également de donner au préfet un droit de préemption afin de lancer des programmes immobiliers dans les communes qui bafouent la "loi SRU".

Enfin, le rapport réclame le retrait d'une disposition de la loi "de mobilisation pour le logement", actuellement examinée par le Sénat, qui prévoit d'assimiler temporairement à du logement social certaines habitations vendues à des ménages modestes. Si une telle règle était adoptée, met en garde le Comité de suivi, cela serait "perçu comme une caution apportée" aux maires qui ne veulent pas atteindre le quota de 20 % de logements sociaux.

Bertrand Bissuel
Par antonio duarte - Publié dans : Logement
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Vendredi 17 octobre 2008 5 17 /10 /Oct /2008 04:23

TRIBUNE LIBRE

LE MONDE | 16.10.08

par Roger-Pol Droit

Le voilà revenu d'entre les morts. Juste le temps d'un diagnostic. Celui qu'on a surnommé "le maître de ceux qui savent" se retrouve effectivement, pour la journée, à New York. On l'a conduit directement à Wall Street. Objectif : savoir ce qu'il pense de la crise financière mondiale. Personne ne sait par quelle magie le vieil homme se trouve là soudainement. Un peu voûté, la barbe claire, vêtu d'une curieuse tunique, l'oeil très vif, surtout pour un mort si antique, il semble comprendre parfaitement l'anglais. Décidément, il y a bien des choses étranges dans cette brusque apparition d'un grand philosophe au coeur de la tourmente boursière. Plus personne n'y comprend rien, on ne sait plus vers qui se tourner, on en appelle donc à l'un des pères fondateurs de la pensée.

A ceux qui l'entourent et le questionnent, avides de conseils, Aristote tient absolument à rappeler sa distinction d'autrefois entre "économie" et "chrématistique". Forgée à partir des termes grecs oïkos ("maison") et nomos ("loi"), "l'éco-nomie" désigne d'abord la gestion des affaires de la maison - qu'il s'agisse du budget familial, de la régulation d'un petit domaine agricole, ou encore d'une échoppe d'artisan. Elle trouve donc ses limites dans la taille de la maisonnée, dans l'objectif même d'une prospérité tranquille et durable.

A l'opposé, la chrématistique, elle, est sans limites. Le terme désigne la chasse à la richesse, la poursuite de la fortune pour la fortune. Par définition, on n'en a jamais assez, il en faut toujours plus.

Un trader anxieux lui ayant demandé en quoi cette distinction, valable dans le monde antique, pouvait bien nous apprendre encore quelque chose, Aristote réplique qu'il lui semble bien que la gestion de la maison n'est pas sans rapport avec ce que nous appelons "économie réelle", à condition d'admettre que la maison en question possède à présent les mêmes dimensions que le monde. Quant à la chrématistique, on la retrouve, selon lui, infiniment étendue, démesurément développée, dans cette "économie financière" dont la spirale a engendré la tempête actuelle.

Le vieux maître enchaîne aussitôt sur l'opposition, pertinente et bien connue, entre "démesure" et "prudence". Il précise que "démesure" ne traduit qu'approximativement le terme grec hubris, qui demeure sans équivalent exact dans les vocabulaires modernes. L'hubris, c'est le franchissement des bornes, l'entrée dans l'illimité, le dépassement des normes. Parmi ses causes : orgueil, arrogance, emportement de la colère, aveuglement de la violence, paroxysme du désir. Cette démesure se termine toujours mal : sur l'échec et la chute. Parmi les exemples, Aristote rappelle les Titans, Icare, Achille. Il cite Hérodote ("Le ciel rabaisse toujours ce qui passe la mesure") et mentionne aussitôt que cela vaut également pour les golden boys et les traders, ce qui fait sourire.

Inverse de l'hubris, et pas plus traduisible, la sophrôsunè n'est pas simplement ce que nous appelons couramment la prudence. C'est plutôt l'action raisonnable, guidée par le juste calcul des chances et des risques, par la pesée du pour et du contre, par la délibération intelligente et le sens de la mesure. Quelqu'un demanda alors au philosophe s'il pensait vraiment que rien n'avait changé. Peut-il suffire d'opposer mesure et démesure, sens des limites et désir illimité ? N'est-ce pas bien simple, trop simple ? Il se tut.

Car ce que nous avons inventé n'est pas pensable pour lui. Rien, dans le cadre de pensée antique, ne permet d'avoir prise sur cette situation très étrange, totalement inédite, où nous nous trouvons, ce temps où nous avons fini par introduire la démesure dans la mesure, la déraison dans la raison. Qu'on observe, simplement, les salles de marché sont saturées d'ordinateurs, de logiciels de calcul, de machines à défier l'imprévisible. Qu'on constate comment les produits financiers sont fabriqués sur des algorithmes en principe gagnants. Conclusion évidente : une rationalité omniprésente s'impose en maître de toute décision, prétend chasser l'erreur, parer à toute éventualité, soumettre à son contrôle les mouvements du hasard comme les choix des acteurs. Les banques ne lâchent pas la bride aux passions, au dérèglement. Elles se veulent les hauts lieux de l'exactitude, du calcul, de la sophistication rationnelle. Mais c'est justement cette hyper-rationalité qui se révèle déraisonnable. Cette soumission générale à la mesure apparaît démesurée.

Voilà ce qui, dans le monde d'Aristote, n'était pas envisageable. L'idée que la raison puisse s'étendre sans fin, s'appliquer sans frein, devenir à son tour la pire des aberrations, aucun Grec n'aurait osé seulement l'imaginer. Or c'est bien cette monstruosité que nous avons sous les yeux, et que cette crise mondiale ne fait que rendre plus visible. La décision rationnelle, à force d'être hypertrophiée, génère du chaos. Le renforcement des pilotages automatiques fait qu'il n'y a plus de pilote nulle part. C'est ainsi que la délibération, le savoir, la mesure, tous les vieux repères, se trouvent transformés en pièges. Cultivés sans limites, ils se retournent contre ceux qui croyaient s'en protéger.

Alors que les places financières commencent à peine à fonctionner de nouveau, on peut entrevoir combien la crise est profonde et sera durable. Elle concerne aussi, et directement, nos usages de la rationalité. Aristote, effaré, a disparu dans un taxi, direction Hadès. Il nous reste beaucoup à inventer, sinon nous risquons d'en faire autant.

Par antonio duarte - Publié dans : Société
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Jeudi 9 octobre 2008 4 09 /10 /Oct /2008 13:32
TRIBUNE LIBRE
LE MONDE | 08.10.08

Par Didier Rykner est historien d'art et fondateur de "La Tribune de l'art".

Il y a trois ans, Bertrand Delanoë interrogeait les Parisiens pour connaître leur opinion sur les "immeubles de grande hauteur". Le résultat fut sans ambiguïté : plus de 60 % d'entre eux se prononçaient clairement contre. Demander l'avis des gens et faire exactement l'inverse de ce qu'ils répondent inaugure une forme étrange de démocratie de la part du maire de Paris.


Les deux mesures qu'il s'apprête à mettre en oeuvre (faire passer de 37 mètres à 50 mètres le plafond de hauteur et autoriser la construction de tours pouvant allégrement dépasser les 150 mètres) revient à supprimer toute limite et à laisser quartier libre aux bétonneurs. On sait ce qu'il en advint dans les années 1960 : Jussieu, Montparnasse, le Front de Seine, on ne compte plus les catastrophes architecturales qui ont laissé Paris meurtri.

On veut nous faire croire qu'il en ira cette fois différemment et que l'on ne construira que des immeubles de qualité. Qui en jugera, et qui est dupe ? Les premiers projets connus démontrent qu'il n'en sera rien. Pour la Défense et sa tour de 300 mètres de hauteur, Jean Nouvel a sans doute fourni le projet le moins réussi, le plus tape-à-l'oeil et le plus vulgaire de toute sa carrière. A Levallois-Perret (car toutes les villes de la périphérie sont en train de s'y mettre), Balkany veut construire deux tours jumelles aussi laides que hautes (160 mètres).

Quant aux projets publiés par Le Monde daté du 8 juillet 2008, on aimerait qu'on nous dise où sont leurs qualités architecturales. Le flou qui entoure le projet pour la porte de Versailles devrait en faire réfléchir plus d'un. On parle, pour cette tour pyramidale, d'une hauteur comprise entre 150 et 180 mètres (belle précision), puis ses concepteurs disent espérer aller jusqu'à 211 mètres (Le Monde daté du 26 septembre 2008) dans le seul objectif de dépasser la tour Montparnasse !

Ma tour est plus grande que la tienne, voilà, en réalité, le programme qu'on nous propose. On nous parle de modernité. Mais quelle modernité y a-t-il dans ce vieux concept du XXe siècle qui n'a jamais trouvé sa légitimité en Europe ? Prétendre que le dynamisme d'une ville se mesure à l'aune des tours qu'on y construit n'est qu'une vision ringarde. Déjà, l'Unesco s'inquiète de projets équivalents à Londres et à Prague. Car Paris n'est pas isolé, hélas !

JUSQU'AU COEUR DE PARIS

Les hautes tours vont se multiplier. Veut-on vraiment que demain toutes les villes soient semblables ? De Shanghaï à Abu Dhabi, du coeur historique de Saint-Pétersbourg à Nashville, les métropoles du monde entier se lancent dans une course à la hauteur, qui rappelle l'histoire de Babel. Le drame du 11 septembre 2001 aurait pourtant dû inciter à la prudence.

Les emplacements où s'élèveront les prochaines tours à Paris - et l'on parle maintenant de Lyon et de Marseille - sont déjà désignés sans qu'aucune étude d'impact n'ait même été réalisée. Car celles-ci, c'est presque une lapalissade qu'on se veut d'avoir à rappeler, sont visibles de loin, menaçant de ruiner nombre de perspectives historiques de la capitale. Une ou deux tours de la Défense ont une architecture intéressante mais vues de loin, dans l'axe de l'Arc de triomphe, elles n'apparaissent que comme des verrues sans élégance.

On conçoit ce que ces projets peuvent avoir de séduisant pour les promoteurs, architectes et sans doute certains élus. Comme Le Canard enchaîné l'a récemment révélé, la vente seule des droits à construire pourrait rapporter à l'Etablissement public d'aménagement de la Défense pas moins de 2 milliards d'euros. On serait "moderne" pour moins que cela.

Quant à ceux qui s'imaginent que cette débauche de béton ne touchera que la périphérie de Paris et la banlieue (comme si leurs habitants ne comptaient pour rien), qu'ils sachent que, déjà, Jean Nouvel (il lui en faut toujours davantage) propose de construire des tours dans le centre historique de Paris. Comme le disait Pierre Dac, quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limites.

Par antonio duarte - Publié dans : Urbanisme
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /Sep /2008 13:59
PRESSE
JDD
26/09/08

Par Clément MATHIEU

Le maire de Paris Bertrand Delanoë a présenté jeudi lors d'une conférence de presse son projet: une tour, le Triangle, dans le sud de Paris. Située à l'entrée du parc des expositions de la Porte de Versailles, la tour, haute de 200 mètres, aura une vocation économique. Elle ne devrait rien coûter aux Parisiens, si ce n'est le terrain.


Le maire de Paris a présenté jeudi la première de ses tours, censées marquer son deuxième mandat. Dans cette optique, Bertrand Delanoë avait fait voter en juillet par le Conseil de Paris la possibilité de dépasser le plafond de hauteur des bâtiments de 37 mètres du Plan de local d'urbanisme (PLU) sur six sites* à la lisière de la ville. Située à l'entrée du Parc des expositions de la Porte de Versailles, cette première tour aura une forme triangulaire - d'où son nom, le Triangle - et ne devrait pas dépasser les 200 mètres. Elle fera le double de la Tour Cristal (98 mètres) du quartier du Front de Seine (15e) et atteindra une hauteur comparable à celle de la Tour Montparnasse (210 mètres).

Le nouvel espace de 70000 m² ainsi créé aura une vocation économique: bureaux pour des entreprises ou pour les exposants du parc, hôtels, commerces, lieux de conférences. A terme, la mairie espère créer 5000 emplois et dynamiser le développement économique du secteur. La construction devrait s'accompagner d'un réaménagement des alentours. Le site comprendra notamment un grand jardin public, deux passerelles au-dessus de l'avenue Ernest Renan reliant la tour au bâtiment annexe, le tout sur un espace de 17000 m².

Les mêmes architectes que le nid d'oiseaux

Son coût n'a pas encore été annoncé mais le Triangle aura un financement privé, la Ville de Paris ne fournira que le terrain. C'est la société Unibail-Rodamco qui en aura la charge. Au travers de sa filiale Paris Expo, c'est cette société qui exploite également le Parc des expositions. La construction devrait être achevée pour 2012. L'édifice a été conçu par les architectes suisses Jacques Herzog et Pierre de Meuron. Lauréats du prix Pritzeker (distinction majeure en architecture) en 2001 pour l'ensemble de leur oeuvre, on leur doit notamment la Tate Modern de Londres, l'Allianz Arena (le stade du Bayern de Munich) et plus récemment, le fameux "nid d'oiseaux", le stade olympique des Jeux de Pékin.

Bertrand Delanoë a précisé que le projet respectera le Plan climat de Paris. L'architecture a ainsi été adaptée à la force des vents dominants de la ville. L'édifice, qui comprendra des capteurs solaires, a également été pensé pour ne pas faire de l'ombre aux riverains. Selon Anne Hidalgo, première adjointe chargée de l'urbanisme et de l'architecture, des réunions publiques sur la tour seront organisées dans le 15e arrondissement. La concertation autour du projet devrait débuter le 15 octobre.

Un projet ambitieux sur fond de rivalités politiques

Si l'idée a été bien reçue par le maire UMP du 15e, Philippe Goujon, son développement pourrait s'avérer plus compliqué. En effet, la région est en pleine négociation avec l'Etat autour du Schéma directeur de la région Île-de-France (SDRIF). Ce document, qui détermine l'orientation de la politique d'aménagement du territoire et de l'urbanisme du bassin parisien jusqu'à 2030, est "élaboré par la région d'Île-de-France en association avec l'État" selon le code de l'urbanisme. Or, alors que le schéma de Jean-Paul Huchon a été adopté ce vendredi par le Conseil régional d'Île-de-France dont il est président, Christian Blanc, le secrétaire d'État au développement de la région-capitale s'est dit prêt à bloquer le projet qu'il juge trop peu ambitieux.

Jean-Paul Huchon doit également ferrailler avec le secrétaire d'État aux relations avec le Parlement Roger Karoutchi. Si celui-ci a été moins virulent que Christian Blanc en ne proposant que des amendements au texte, il n'en est pas moins le chef du groupe UMP du conseil d'Île de France, dont il brigue la présidence aux élections régionales de 2010. Il ne fera donc pas de cadeaux à son adversaire socialiste. Pour mettre un terme à ces âpres négociations, Jean-Paul Huchon en a appelé solennellement au Premier ministre François Fillon ainsi qu'au Président de la République Nicolas Sarkozy.

L'avenir de l'urbanisme parisien est donc incertain. Par conséquent, celui des tours l'est aussi. D'autant plus que Jean-Paul Huchon, partisan de Martine Aubry, adversaire de Delanoë dans la course à la place de Premier secrétaire du Parti socialiste, a récemment affirmé que les tours du maire de Paris n'étaient pas prioritaires.

*Les sites sont : Bercy-Charenton (12e), Masséna-Bruneseau (13e), Porte de Versailles (15e), Batignolles (17e), Porte de la Chapelle (18e) et Porte de Montreuil (20e).
Par antonio duarte - Publié dans : Urbanisme
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Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 23:29

ENQUETE

LE MONDE | 19.09.08

 

Le Bronx au nord de Paris ? Depuis le début de l'été, les violences se succèdent dans le 19e arrondissement de Paris, donnant l'image d'un territoire en proie à une guerre des gangs, sur fond de conflits entre communautés religieuses et ethniques. La série, commencée avec l'agression antisémite de Rudy Haddad, le 21 juin, grièvement blessé par une dizaine de jeunes, a semblé s'accélérer depuis le début septembre : rixe impliquant trois jeunes juifs le 6 septembre ; assassinat par balles d'un jeune homme de 23 ans, Djamel, dans la nuit du 7 au 8 septembre ; blessure par balles de Moussa le 10 septembre ; coups de couteau contre deux jeunes gens le 15 septembre... Radiographie d'un arrondissement que les statistiques désignent comme le plus criminogène de Paris.

Affrontements entre quartiers rivaux.

Dans les quartiers Curial et Riquet, réputés pour être sensibles, les incidents de ces derniers jours ont impliqué des adolescents et des jeunes adultes. Elus du quartier comme responsables policiers estiment que l'assassinat de Djamel, les tirs contre Moussa, suivis des coups de couteau contre deux jeunes, relèvent d'une forme de délinquance "classique" et récurrente. Depuis des décennies, une forte rivalité, dont l'origine reste inconnue, oppose une partie des jeunes de Curial et de Riquet. Des bandes se battent régulièrement pour défendre leur territoire. Ainsi, quelques jours avant le meurtre, une bataille opposant une dizaine de jeunes de chaque côté aurait provoqué plusieurs blessés. Sans que cela ne fasse l'objet de plaintes. Les coups de couteau portés contre deux jeunes, le 15 septembre, pourraient également relever de cette catégorie. Deux mineurs, âgés de 15 et 17 ans, ont été placés en garde à vue jeudi 18 septembre.

Les raisons de ces violences restent souvent mystérieuses. "Histoires de filles, querelles sur fond de trafic ? C'est toujours difficile à établir", explique le commissaire Jérôme Foucaud qui dirige la police dans l'arrondissement. Les enquêteurs se heurtent au silence des intéressés ou de leurs proches. "On est dans l'omerta. Personne ne parle alors que tout le monde sait ce qui s'est passé. Mais les jeunes font le choix de la justice privée : ils veulent régler leurs comptes eux même", explique un proche de l'enquête. En 2000 déjà, des affrontements similaires avaient entraîné la mort d'un jeune tué par une balle dans l'oeil.

Le poids de la criminalité organisée.

Dans ces deux cités, des jeunes se livrent à des activités criminelles : vols, recels et trafic de stupéfiants, principalement du cannabis. Ces activités, source de rivalité entre groupes, génèrent parfois des tensions. Ainsi, l'assassinat de Djamel, initialement présenté comme la conséquence d'un simple conflit de territoire, pourrait en réalité relever d'un règlement de comptes. Plusieurs éléments intriguent en effet les enquêteurs. D'abord la découverte, dans sa voiture, d'une vingtaine de barrettes de cannabis qui jette un trouble sur ses activités. Ensuite le fait qu'il ait été exécuté par un individu, probablement embarqué sur un scooter, qui a tiré à sept reprises avec un pistolet 9 millimètres - un mode opératoire proche de celui des malfrats.

De très jeunes adolescents, parfois âgés d'une dizaine d'années, participent à ces trafics. Certains d'entre eux sont chargés de surveiller les mouvements des forces de l'ordre et d'assurer le contact avec les acheteurs. "On est passé à un mode de délinquance organisée autour de la drogue, note Jean-Claude Marin, procureur de la République de Paris. Pour lutter contre ce phénomène, j'ai décidé de mettre en place un groupe local de traitement de la délinquance." Ce dispositif, déjà en place dans le 18e arrondissement, doit permettre d'obtenir une meilleure coordination entre police, justice et éducation nationale, notamment.

Les risques du repli communautaire.

A l'autre extrémité de l'arrondissement, autour de la rue Petit et du parc des Buttes-Chaumont, les bagarres entre des groupes de jeunes de confession juive d'un côté, noirs et d'origine maghrebine de l'autre, s'inscrivent dans une tout autre problématique. Dans cet arrondissement, qui regroupe la plus grande communauté juive de Paris, avec 29 synagogues et 9 écoles confessionnelle, des représentants d'associations, ainsi que des habitants, dénoncent une recrudescence des actes antisémites de toutes natures (insultes, agressions, etc.). Un sentiment que ne partage pas Mao Péninou, maire adjoint (PS) chargé de la sécurité dans l'arrondissement, qui ne croit pas au phénomène d'agression antisémite. "Je parlerais plutôt d'une forme de repli communautaire et de craintes réciproques", dit-il.

L'épisode le plus grave est celui du 21 juin : Rudy Haddad a été roué de coups. L'agression avait été précédée, dans la même journée, par plusieurs échauffourées entre bandes de jeunes. "La plupart du temps, il est impossible de dire qui a provoqué qui", assure le commissaire Foucaud. Police et justice s'accordent pour souligner la difficulté à qualifier ces bagarres. Les violences du 6 septembre ont ainsi été présentées, dans un premier temps, comme un acte antisémite dans la mesure où les trois victimes portaient des kippas. L'enquête a montré qu'il n'en était rien. Signe de la complexité de la situation, un des cinq agresseurs mis en examen pour violences volontaires est de confession juive.

Les statistiques ne traduisent pas d'évolution significative depuis le début de l'année. Le commissariat a enregistré dix-sept incidents qualifiés d'antisémites : deux pour des agressions physiques et quinze pour des dégradations ou des tags. "Pas plus que les années précédentes", note M. Foucaud, en reconnaissant néanmoins que tous les actes ne sont pas signalés.

Yves Bordenave et Luc Bronner
Par antonio duarte - Publié dans : Paris
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Mardi 23 septembre 2008 2 23 /09 /Sep /2008 23:28

PRESSE

LE MONDE | 19.09.08

De taille comparable à des villes comme Reims ou Grenoble, le 19e arrondissement de Paris (187 000 habitants) abrite plusieurs quartiers qui présentent les mêmes caractéristiques que des cités de la banlieue parisienne. Au nord de l'arrondissement, à la frontière avec la Seine-Saint- Denis, les cités Curial et Riquet, en particulier, cumulent les difficultés. Un rapport que Le Monde s'est procuré, réalisé en janvier 2008 par des chercheurs du cabinet d'études FORS, fait état d'"une situation socio-économique préoccupante".

L'étude, commandée par la Mairie de Paris et les bailleurs sociaux, montre que cette partie de l'arrondissement se caractérise par une surreprésentation des jeunes dans la population (33 % de moins de 25 ans), des structures familiales fragiles (28 % de familles monoparentales, par exemple) et une tendance à l'"appauvrissement". Signe de l'importance de la population issue de l'immigration, Curial et Riquet abritent une proportion importante de familles nombreuses avec près de 27 % de ménages de plus de trois enfants.

Les indicateurs scolaires sont au rouge du fait d'un "taux d'échec élevé". Les responsables de deux collèges publics de la zone, interrogés par les sociologues, se disent préoccupés par l'absentéisme, le "faible niveau scolaire" des élèves, des problèmes de discipline et la présence d'"élèves sans repères". Cette situation se traduit par un taux élevé de jeunes sans qualifications. Lesquels éprouvent les plus grandes difficultés pour entrer sur le marché de l'emploi.

Au-delà des statistiques, les sociologues soulignent qu'une partie des jeunes, en rupture, présentent un mode de socialisation similaire à celui des quartiers populaires de banlieue. Une "culture de rue" bâtie sur "le défi, la réputation et le territoire". Ils décrivent une "atmosphère de rivalité" permanente, où il faut observer un certain nombre de règles pour acquérir le respect de ses camarades.

 

"ECRASER L'AUTRE"

Cette "culture de rue" se transmet via les groupes de copains. Des "équipes" ou des "bandes" qui rassemblent généralement une dizaine de personnes. "La logique de l'honneur s'apparente à une sorte de "code" qui structure les actions des jeunes", précise l'étude. "Il existe une règle tacite selon laquelle il ne faut se soumettre à personne, ce qui doit se traduire par une capacité à toujours relever les défis lancés par les adversaires potentiels ou être prêts à se "jeter dans la bagarre" lorsque c'est nécessaire." Les auteurs relèvent que ce "besoin de rivaliser avec autrui" s'exprime "aussi bien avec le quartier adverse que dans son propre quartier" : "Au collège, il n'est pas rare d'assister à des rixes entre deux jeunes appartenant au même quartier."

Huit mois avant les incidents récents, les sociologues pointaient une évolution : "Il ne s'agit plus de défier l'autre mais de l'écraser." D'où le recours à des armes et des rixes complètement déséquilibrées entre des groupes et des individus isolés. Ils s'alarmaient de l'apparition d'une génération "non encadrée", échappant au contrôle des "grands frères" et des institutions. Cette frange de jeunes, gros consommateurs d'alcool et de cannabis, resterait très marginale mais vivrait "dans l'absence de toute norme sociale".

Luc Bronner et Yves Bordenave
Par antonio duarte - Publié dans : Paris
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